La traversée des Présidentielles en deux jours

La traversée des Présidentielles : Récit d’une randonnée épique 🏔️

Récit d’une aventure vécue les 4 et 5 août 2018

Un début qu’on n’avait pas prévu

La traversée des Présidentielles, dans les White Mountains du New Hampshire, n’est pas faite pour les débutants !  Ce défi entoure le célèbre mont Washington, le point culminant du nord-est des États-Unis. Nous étions six à nous lancer dans cette aventure de 35 km avec plus de 2500 mètres de dénivelé positif.

Dès le vendredi soir au camping à Twin Mountain, la météo s’en mêle : une pluie torrentielle tombe pendant 15 heures consécutives. Le moral est bas, mais les prévisions annoncent une accalmie pour midi le lendemain. On décide de tenter le coup. Il faut savoir que cette randonnée doit s’effectuer dans de relativement bonnes conditions météo, puisqu’on se retrouve sur les sommets la majorité du temps. Ainsi, un orage, de forts vents ou du brouillard peuvent non seulement être désagréables, mais aussi dangereux. Le mont Washington a enregistré les vents les plus puissants de la terre à 375 km/h, ce n’est pas à prendre à la légère!

Première journée : L’ascension vers les sommets

Nous commençons par le nord au stationnement Appalachia. L’objectif : monter par le sentier Valley Way jusqu’au refuge Madison Spring Hut, à l’abri des intempéries dans la forêt et par un chemin plus direct.

La montée est brutale : 1066 mètres de dénivelé en seulement 5,5 km. Avec un sac de 40-50 livres sur le dos et des roches trempées, chaque pas compte. Pour ma part, la digestion difficile d’un sandwich et un vieux sac à dos mal ajusté rendent le départ pénible. Je ralentis le groupe, la douleur s’installe, mais l’orgueil me pousse à continuer. Les ruisseaux sont gonflés à bloc par la pluie et difficiles à traverser.

Arrivés au Madison Spring hut vers 16h, nous devons faire un choix : le temps presse. Après une pause rapide au refuge, nous sautons le sommet du mont Madison pour nous diriger vers notre campement. La traversée des crêtes sous le soleil couchant est magnifique, malgré les crampes qui brûlent mes jambes et le fait que nous marchons sur de grosses roches instables.

Après une descente qui semble interminable, nous atteignons enfin The Perch, un site de camping sauvage niché à 4313 pieds d’altitude. Mon frère a dû courir devant pour nous réserver une place dans le « lean-to » (abri ouvert) et quelques sites de camping. Le secteur est aussi occupé par les randonneurs de l’Appalachian Trail. Nous terminons la journée exténués, mais récompensés par un coucher de soleil grandiose sur la vallée.

 Puis, on fait la vaisselle, on se prépare pour le dodo et hop on va se coucher quand le soleil vient à peine de faire la même chose. Le lendemain on doit se lever vers 5h pour espérer partir vers 7h. La nuit va bien, il ne pleut pas, fait pas froid, on dort quand même bien dans le lean-to.

Deuxième journée : Le géant Washington dans le brouillard

Réveil à 5h. Après avoir filtré l’eau, nous partons à 7h15. Rapidement, nous sortons de la forêt pour entrer dans le royaume des roches et des nuages. Arrivés au sommet, sur les crêtes, le réalise que ma poche d’eau a fui et est vide! Erreur de débutante, je n’ai pas regardé qu’elle était pleine avant de partir. Heureusement, j’avais une autre bouteille, mais il n’y a pas d’eau avant le mont Washington.

Nous progression quand même bien. Le vent augmente et le brouillard devient total. Nous atteignons le mont Jefferson (1742 m) à 9h15, puis le mont Clay (1686 m). On ne voit rien à dix mètres, nous sommes trempés par l’humidité des nuages.

En route vers le 4e sommet, on mange un peu.  Le sommet de Clay est difficile à trouver avec le brouillard, mais on finit par trouver. Officiellement, il ne fait pas partie des sommets des présidents, mais tant qu’à être là, on gravit ses 5533 pieds (1686 m) et on arrive au sommet vers 10h45. Prochaine destination, Washington!

Le fameux mont Washington

Soudain, le ciel se dégage. Le bleu apparaît et nous laisse voir notre destination : le sommet du mont Washington. Le soleil sort, il fait chaud, on enlève enfin les manteaux. On croise le « Cog Railway », ce train à vapeur qui monte les touristes. Voir des gens en gougounes au sommet alors que nous luttons avec nos bottes et nos sacs est un choc thermique et culturel !

 

Je dépase la file de touristes qui sont montés en auto au sommet du mont Washington et je prends ma photo, je l’ai méritée!!

 

 

Au restaurant du sommet, on prend le temps de manger, s’asseoir, remplir les bouteilles et poches d’eau.

Après avoir bravé la foule pour la traditionnelle photo de groupe à 6288 pieds (1917 m), nous fuyons vers le refuge Lake of the Clouds, le refuge du mont Washington, à 5012 pieds d’altitude. Il est à 1,2 mile du sommet, ce qui en fait une route pas mal achalandée. Le refuge offre des repas, des collations, il y a des chambres avec des lits  à deux étages.. Le refuge a été construit en 1901 pour permettre à un alpiniste d’échapper à une tempête. Il a été détruit et reconstruit deux fois en gardant un petit look vieillot. On en profite pour refaire les pansements pour les ampoules et on repart. Il est presque 14h.

La longue descente vers la fin

Après Washington, on nous avait promis que « ça ne fait que descendre ». C’est techniquement vrai, mais sur des kilomètres de roches instables, la fatigue transforme chaque descente en supplice pour les genoux.

Nous enchaînons les sommets :

  • Mont Monroe (1637 m)

  • Mont Franklin (1524 m)

  • Mont Eisenhower (1459 m) : une vue à couper le souffle où l’on réalise tout le chemin parcouru depuis le matin.

  • Mont Pierce (1314 m) : le dernier sommet officiel avant la plongée finale en forêt.

Une fin interminable

À 17h30, l’erreur de planification nous frappe : il reste encore 5 miles (8 km) de descente abrupte dans ce qui ressemble plus à un ruisseau qu’à un sentier. Mes pieds s’enfoncent dans la bouette, mes chevilles se tordent, le corps n’est que douleur.

Nous sortons enfin sur la route à 19h30. Satisfaction, fierté et soulagement immense. Nous finissons la journée à six, entassés dans une petite Versa avec nos sacs odorants pour retrouver nos voitures au stationnement du début du sentier, avant de savourer un « repas de dépanneur » qui nous semble être le meilleur festin du monde.

Quelle aventure, cette traversée des Présidentielles !

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